En prélude au Sommet du Bien commun, qui se tiendra les 13 et 14 juin, Moh Damush, CEO de Telecel, détaille comment un opérateur panafricain participe au développement durable sur le continent.
Challenges – A la tête d’un groupe de télecoms panafricain, comment agissez-vous concrètement pour réduire vos émissions de gaz à effets de serre ?
Moh Damush – Le développement durable est l’une de nos valeurs fondamentales et fait partie intégrante de l’ADN de Telecel. Dans deux de nos pays d’opérations, la solarisation est établie et elle est en cours dans quatre autres. Telecel a élaboré un plan complet pour passer toute sa consommation d’énergie à l’énergie verte en exploitant l’énergie solaire. Cette initiative est une partie clé de la stratégie plus large de Telecel pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre.
En passant à l’énergie solaire, Telecel vise à réduire considérablement son empreinte carbone et à contribuer à un avenir plus durable. L’entreprise met en œuvre des technologies avancées écoénergétiques et optimise ses opérations pour minimiser l’impact environnemental, démontrant ainsi son engagement en matière de gestion environnementale et de réduction du changement climatique. Nous avons lancé un projet pilote au Ghana centré sur l’hydrogène vert, illustrant une nouvelle fois notre dévouement envers les pratiques énergétiques durables.
En quoi les télécoms peuvent-elles favoriser le développement durable ?
Les télécommunications peuvent promouvoir et mener la voie du développement durable en adoptant des sources d’énergie renouvelable comme le solaire et l’hydrogène vert pour leur infrastructure. Elles peuvent encourager les technologies économes en énergie et optimiser les conceptions de réseaux pour réduire considérablement la consommation d’énergie. En favorisant des chaînes d’approvisionnement durables et en promouvant le recyclage et la rénovation, elles ont un impact environnemental positif.
Chez Telecel et à travers le programme Africa Startup Initiative Program (ASIP), nous avons investi activement dans plusieurs start-up qui sont dans le domaine du recyclage et de l’énergie verte. Nous les avons incitées à créer des initiatives de neutralité carbone et à sensibiliser leurs communautés aux pratiques durables. De plus, nous éduquons nos employés et investissons dans des solutions numériques pour améliorer encore l’efficacité des ressources et la gestion environnementale, créant ainsi un avenir meilleur et plus vert.
Vous affichez votre volonté d’apporter au consommateur africain des produits plus durables. Est-ce que cela va coûter plus cher à cette population à faible pouvoir d’achat ?
Ce n’est pas seulement une volonté, c’est notre engagement envers les communautés où Telecel opère. Quant au coût, pas nécessairement, bien que notre équipement provienne largement de pays plus aisés, limitant notre contrôle sur les prix, notre engagement envers les projets d’énergie verte s’est révélé bénéfique.
En lançant ces initiatives, nous avons obtenu des exonérations fiscales qui ont réduit les coûts globaux. Cela nous permet d’offrir des produits durables sans répercuter les coûts supplémentaires sur les consommateurs, garantissant ainsi leur accessibilité même pour ceux ayant un faible pouvoir d’achat. Ainsi, à la fois l’environnement et le consommateur africain en bénéficient.
Les pays en développement sont-ils prêts pour la « croissance verte » ?
Le développement durable est une question cruciale, en particulier en Afrique. Les populations sont fortement affectées par des pratiques qui dégradent l’environnement : par exemple, les méthodes de cuisson utilisant le charbon de bois ont des effets très nocifs sur les populations africaines. À travers l’ASIP, Telecel a investi et mis en place un programme d’accélération pour une start-up appelée « Power Stove » qui a développé une cuisinière sécurisée et qui se développe rapidement en raison de l’augmentation de la demande.
La pollution de l’eau est une autre préoccupation majeure. Changer certaines pratiques est essentiel pour promouvoir la croissance verte et améliorer la qualité de vie de ces communautés, et nous croyons que les communautés sont prêtes. La croissance verte est une nécessité plutôt qu’une exigence, car elle répond à de nombreux problèmes critiques en Afrique, notamment les pénuries d’énergie et d’eau. La digitalisation est essentielle pour sensibiliser les communautés, et c’est un axe central pour Telecel.
Les pays riches ont fait des promesses de financement vert dans les pays en développement. Ont-ils été à la hauteur ?
Les pays riches ont effectivement fait des promesses de financement vert dans les pays en développement, mais leur réalisation reste discutable. La mobilisation des financements pour lutter contre le réchauffement climatique, qui a des conséquences particulièrement graves en Afrique, reste insuffisante. De plus, la mise en œuvre de nombreux grands projets a été insatisfaisante en raison d’une coopération insuffisante entre le secteur privé et les banques de développement public. L’Afrique a un besoin urgent d’infrastructures, en particulier dans les télécommunications avec une véritable interopérabilité entre États. Bien que des projets de connectivité substantiels existent, leur réalisation est jusqu’à présent restée largement théorique, soulignant le besoin urgent de leur mise en œuvre pratique

